Jingdezhen

Allez-y, écoutez ces trois syllabes: Jing 景 de 德 zhen 镇, et laissez votre esprit vagabonder. N’entendez-vous pas qu’elles résonnent comme le ferait un vase de cristal ou une tasse de porcelaine que l’on viendrait d’effleurer? Et c’est bien trouvé, car cette ville du Jiangxi est depuis plus de mille ans l’un des hauts lieux de la céramique. J’ai pu bénéficier en octobre dernier d’un voyage organisé par la municipalité à destination des étudiants étrangers, et j’en garde toujours de belles impressions que je vais essayer de vous partager.

Des céramiques, l’homme en fait depuis plus de 20 000 ans. Peut-on s’imaginer la valeur qu’avaient les objets en céramique pour les gens du passé? Nombreux sont les usages: cuisine, stockage des récoltes, transport de marchandises, voire jeux, objets rituels ou de décoration. Et nombreux sont les savoir-faire qui se sont accumulés au fil des siècles pour en améliorer les propriétés physiques ou esthétiques: poterie en colombins, tour rapide, glaçure… La porcelaine proprement dite, autrement dit une céramique fine et translucide, cuite à haute température et donc très résistante, est apparue en Chine il y a environ 2000 ans. Et c’est Jingdezhen qui devient peu à peu, sous les dynasties Song, Yuan puis Ming, le lieu d’approvisionnement privilégié des empereurs, devant les autres centres de production que sont Foshan, Hankou et Zhuxian. A côté des fours impériaux figurent de nombreux fours privés. Les artisans y font preuve à la fois d’inventivité technique et d’une capacité d’adaptation à la demande des marchés extérieurs, si bien que leurs productions finissent par symboliser à eux seuls l’art de la céramique chinoise. Ainsi en est-il des fameux vases “bleu et blanc” apparus sous la dynastie Yuan.

Mais que ces vases ne cachent pas la forêt des autres productions! J’ai eu le sentiment en parcourant le musée local de la céramique de crouler sous la quantité et la qualité des objets produits dans la région durant plusieurs siècles. Si vous souhaitez en connaître plus sur l’histoire et la renommée de Jingdezhen, ainsi que les techniques employées au fil du temps, je ne saurais que trop vous conseiller de lire la thèse de Nancy Balard. Dans l’immédiat, voici un petit aperçu de ce qui est exposé.

Ce n’est qu’à partir de la fin du 18e siècle que la technique d’élaboration de la porcelaine dure à partir de kaolin se diffuse en Europe. Puis, du fait des traités inégaux, les fours Jingdezhen subissent de plein fouet la concurrence de leurs homologues européens. Toutefois, depuis la fin du 20e siècle, la production locale recommence à monter en volume aussi bien qu’en valeur. L’Institut de céramique, la seule université de Chine dédiée à la céramique, contribue aussi au renouvellement des savoir-faire. Et la ville attire également de nombreux artistes, chinois comme étrangers. C’est notamment le cas en octobre, pendant la période de la Foire internationale de céramique. Nous avons pu rencontrer certains de ces artistes contemporains, comme le Sanbao village, qui font penser que la création reste bien vivante.

Il est plaisant de voir à quel point la céramique imprègne l’atmosphère de la ville. Il y a tout d’abord les anciens fours et quartiers d’artisanat, restaurés ou bien reconvertis en lieux d’exposition et en boutiques. Cela m’a fait penser à ce qui a aussi été réalisé en Europe avec le patrimoine industriel, en Lorraine, dans le Nord ou dans la Ruhr. Et cela se note aussi dans l’architecture des bâtiments modernes qui y font parfois référence, ou dans le mobilier urbain, lui aussi souvent décoré de céramique.

Trois jours, c’est suffisant pour comprendre encore une fois qu’un simple mot recouvre énormément de facettes. Mais il suffit d’une seule pour pouvoir dire qu’on en a gardé quelque chose. L’une de ces facettes, pour moi, c’est une assiette. En effet, nous avons nous aussi mis la main à la pâte. Avec un tour de potier tout d’abord, tâchant laborieusement de donner forme à une boule d’argile que l’intervenant, quelques secondes auparavant, faisait pourtant éclore en un vase avec une économie de gestes qui laissait songeur. Puis avec un pinceau et une assiette, que l’on nous fit gracieusement parvenir au bout de quelques jours. Si jamais vous venez donc à passer par Nanchang, vous savez donc que je ne suis pas totalement démuni de vaiselle et que je peux recevoir.

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